Erreip Ne Melog

Comme un sifflement, que je ressens au plus profond de mon torse. Comme une main glaciale et aimante qui se resserre sur mon cœur, l'envie pressante, urgente, de courir vers ce son. Et je cours. De plus en plus vite. Toujours. Plus. Vite.

Et mon esprit s'évade pendant ma course, régulièrement rappelé par la douce douleur qui sourde dans ma poitrine. Je ne suis pas arrivé.
Mais je me souviens. Je me souviens du premier jour où je l'ai rencontrée ; mais ce jour n'a aucune importance. C'est bien plus tard, alors que je marchais dans une rue sans importance, que je l'ai revue. Perdue dans ses pensées, lisant un lourd grimoire en marchant, mâchonnant une racine sombre, elle m'a jeté un regard perçant, relevant la tête un cours instant de sa lecture. Elle m'a reconnu, et j'ai vu dans ses yeux passer comme un sourire distant, alors que son visage restait de marbre.
Ce sourire, je lui ai rendu, et je l'ai saluée. Elle est restée comme interdite, ne sachant que répondre. Alors je lui ai tendu la main et lui ai proposé de marcher un peu ensemble.

Il y avait un bal, un peu plus loin. Nous avons dansé, avec quelques amis à moi, puis nous nous sommes retirés pour terminer la soirée au son des libellules. C'est alors qu'elle m'a posé la question fatidique : "M'aimes-tu ?" m'a-t-elle chuchoté de sa voix douce et claire. "Oui", j'ai répondu. Ce simple mot, une seule syllabe si lourde de sens et de réponses.

Alors elle a sorti son grimoire. Elle m'a entaillé le bout d'un doigt avec sa plume, et fait couler un peu de sang sur sa paume ; puis elle a incanté, et me voilà. Je suis son Golem, je réponds à ses souhaits, et je l'aime, plus que jamais.